C’est la question qu’Emmanuelle Duez pose dans son dernier essai et c’est la bonne. Son analyse s’appuie sur
les données d’engagement au travail issues de l’étude Gallup 2025. Les chiffres sont sans appel : la France est à
7 %, avant-dernière sur 38 pays étudiés. Avec 31 %, les États-Unis restent parmi les pays les plus engagés au
monde.
Duez dissèque la réalité des entreprises françaises avec précision et aisance. Ses mots font réfléchir et son
diagnostic, ancré dans un contexte français, rejoint étrangement mon expérience. Elle trace aussi des pistes de
solutions pour un avenir plus lumineux, mais résolument différent.
Le paysage du travail a changé durablement depuis le COVID. Le personnel a fait irruption dans le
professionnel, et il n’est pas près de repartir. La frustration s’accumule sur une charge de travail déjà écrasante.
Des rapports sans fin, une surcharge de communication, le fossé entre la fiche de poste et ce que le travail exige
vraiment, le tout amplifié par les nouvelles technologies et par des organisations de plus en plus plates. Ajoutez
à cela l’anxiété liée à l’IA, sans cadre à long terme pour la contenir. Résultat : davantage de paradoxes,
davantage de complexité, une crise permanente. Les managers absorbent tout cela, avec peu de soutien et encore
moins de ressources.
L’appel de Duez aux dirigeants est clair : ce moment n’est pas fait pour le « business as usual ». Le
réengagement exige du courage : avoir le regard lucide, être assertif, résister à la pression des résultats à court
terme qu’elle appelle la Fast Fashion Corporative. Il faut de l’audace, une vision à long terme et la volonté de
réintroduire de la joie dans un environnement rongé par la désillusion. L’entreprise, dit-elle, n’est plus
seulement un moteur économique. Son étymologie le dit : con panis, partager le pain. Elle doit offrir un nouvel
élan, un nouveau sens, un espace pour penser et contribuer à quelque chose de plus grand.
Les États-Unis ne font pas face à la crise de désengagement que connaît la France. Mais un taux d’engagement
de 31 % ne garantit pas l’immunité. Nous travaillons tous plus de 40 heures par semaine. Nos emplois façonnent
nos raisons d’être, nos identités et notre sentiment de contribuer à quelque chose qui nous dépasse. Si nous
faisons mieux, près de cinq fois mieux selon Gallup, ce n’est pas un hasard. Cela reflète des décennies
d’investissement dans le développement du leadership, la sécurité psychologique, l’autonomie, la diversité et
une culture qui prend l’esprit entrepreneurial au sérieux.
Cette avance n’est pas une raison de s’arrêter. C’est une raison de continuer et d’élever encore le niveau. Les
organisations qui définiront la prochaine décennie sont celles qui comprennent que l’engagement n’est pas un
indicateur à piloter, mais une culture à construire — un leader, une équipe, un acte de courage à la fois.