Malgré des comportements toxiques

J’ai toujours aimé la mode et je l’aimerai toujours. Il n’est pas nécessaire d’être
fashionista pour savoir qu’Anna Wintour, incarnation ultime du gourou de la mode, a
trouvé sa successeure, Chloë Malle, pour le rôle qu’elle occupe à US Vogue depuis
1988.


Son parcours est légendaire. Elle a marqué l’histoire avec des couvertures de
magazines inspirées par le style de la rue, mettant en avant des célébrités comme
Madonna dès 1989. L’anticipation des tendances, ses sélections et le soutien aux
jeunes créateurs définissent son génie. Elle a su mobiliser son réseau et son sens aigu
des affaires pour faire du magazine Vogue la puissance qu’il est aujourd’hui. Avec une
vision et de la détermination, elle a incarné l’excellence dans un univers au rythme
effréné, désormais numérisé. Elle a aussi démontré que l’âge n’est pas un frein dans
une industrie aussi compétitive que la mode.


Pourtant, il est impossible d’évoquer Anna Wintour sans penser au livre Le Diable
s’habille en Prada. Écrit par une ancienne assistante, le livre la dépeint comme une
patronne quasi tyrannique, l’exemple même d’une personne qui réussit malgré son
style de leadership, et non pas grâce à celui-ci.


Extrêmement exigeante, obsédée par le détail, Anna Wintour est le produit de sa
génération. Née et formée au Royaume-Uni, sa quête d’excellence s’est exprimée à
travers un style autocratique. Son leadership s’est traduit par du micromanagement,
une distance émotionnelle et un environnement sous très forte pression.

Aurait-elle connu autant de succès, voire davantage, en étant plus accessible,
bienveillante et inspirante ? Absolument. L’excellence n’exige pas la peur.


Les dirigeants que j’accompagne découvrent qu’il est possible d’obtenir des résultats
tout en créant des équipes qui se sentent soutenues. Le Diable s’habille en Prada n’est
pas un modèle à suivre ; c’est un cas d’école à éviter. Avec une suite du film annoncée
pour 2026, la conversation sur le leadership dans la mode et la manière de diriger sans
toxicité est loin d’être terminée.